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Julius de Daphné du Maurier

par Jean-François Martre

Vous avez certainement lu Rebecca et l'Auberge de la Jamaïque de Daphné du Maurier, mais savez-vous que le premier chapitre de son roman Julius se passe à Puteaux ?


Julius ou La Fortune de sir Julius

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Julius est le troisième roman de Daphné du Maurier initialement publié en 1933 sous le titre « The progress of Julius » chez Heinemann. L'idée lui en est venue lors d'un séjour à Paris début 1931. L'écriture prendra 9 mois à Ferryside, la maison de vacances de la famille du Maurier à Bodinnick en Cornouailles.
C'est l'histoire glaçante d'un juif français nommé Julius Lévy, un homme fascinant, mais intrinsèquement maléfique, qui acquiert richesse et prestige en manipulant et en écartant tous ceux qui se trouvent sur son chemin. Dans le premier chapitre, Daphné s'est documentée sur l'histoire de la guerre de 1870 entre la France et la Prusse et sur le siège de Paris.
Durant sa petite enfance, Julius qui est né en 1860 vit à Puteaux avec ses parents et grands-parents maternels. Il voue un amour profond à Paul son père. Paul est un juif d'Algérie discret, rêveur et joueur de flûte avec brio. Mais par tempérament, Julius ressemble davantage à son grand-père maternel qu'il appelle Grand-Père. Grand-père est un Français fort, puissant, truculant, il est fromager sur le marché de Neuilly et lui et Julius passent beaucoup de temps ensemble.
Un jour, en 1872, peu après le début de la guerre franco-prussienne, Julius et Grand-père sont de sortie sur la route entre Nanterre et Puteaux lorsque ce dernier est soudainement abattu par des soldats prussiens. Julius parvient à rentrer chez lui et prévient sa famille que l'invasion de la région a commencé. La famille, comme les autres putéoliens quitte Puteaux fuyant les soldats prussiens. S'en suivent Paris, Alger, Londres et Paris.
La vie de Julius s'ancre dans ce premier chapitre. Son destin oscille entre d'une part la puissance finaude et truculente, le don commercial, du grand-père, et d'autre part la faiblesse, le côté artiste, juif humilié, hors sol et finalement malsain, incontrôlable du père. A Londres il est au sommet de sa réussite et bâtit un empire comme celui de Boucicaut avec Le Bon Marché.
Sa fille Gabrielle y nait en 1896, il la perdra et se perdra lui-même en 1920. La relation exclusive entre Julius et sa fille Gabrielle s'inspire de la relation entre Daphné et son père. Il revient à Paris, seul, au Crillon où il avait l'habitude de descendre pour ses affaires. Un jour il se fit conduire à Puteaux. Il ne reconnut plus son village et ne vit que de hautes cheminées d'usines. Des trams grinçants passaient sur le pont de Neuilly et la grande route d'autrefois était devenue une large avenue bordée de maisons et de magasins. La banlieue dans toute son horreur ! Les fabriques vomissaient des ouvriers par milliers tandis que fourgons et camions défilaient dans un bruit de tonnerre. Neuilly était devenue un quartier de Paris qu'il ne reconnaissait pas. Il retrouva les odeurs, les cris du marché lorsque la voiture empruntant le Roule longea le trottoir en face de l'église Saint-Pierre qui n'existait pas de son temps. Julius décède en 1932, dans la plus grande solitude, dans le somptueux hôtel particulier qu'il se fait construire à Neuilly près de la porte de Madrid, près des lieux de son enfance.
Daphné entretenait une relation étroite et affectueuse avec son père, Gérald. Ils passaient beaucoup de temps ensemble et étaient dévoués l'un à l'autre. Après la mort de Gérald, Daphné écrivit une biographie très explicite de son père, qui montre à quel point elle le connaissait et le comprenait.

Daphné du Maurier

Elle nait à Londres le 13 mai 1907 et décède à Par en Cornouailles le 19 avril 1989 (à 81 ans). C'est une des romancières du monde britannique les plus lues. Un certain nombre de ses romans ont été adaptés au cinéma comme Ma cousine Rachel par Henry Koster puis par Roger Michell, et surtout Rebecca, Les Oiseaux et l'Auberge de la Jamaïque par Alfred Hitchcock et Ne vous retournez pas (Don't look now) par Nicolas Roeg.
Elle est issue d'une longue lignée d'artistes célèbres : écrivains, dessinateurs, comédiens. Ses origines françaises sont sarthoises et remontent à son grand-père qui était un ami d'Henri James. Elle le raconte dans son roman « souffleurs de verre » en 1963 : Ses aïeuls empruntèrent le nom de du Maurier à l'une des métairies, qu'ils habitaient, du château de Chérigny situé près du château du Lude dans la Sarthe où ils étaient verriers. Elle est élevée dans un milieu aisé et de grande liberté. Elle termine ses études en 1926-1927 à Meudon pour se perfectionner en français et en culture générale. Elle y fait la rencontre de la directrice d'étude Mlle Fernande Yvon, avec qui elle a sa première liaison et qui révèle sa bisexualité. Elle aura au cours de ce séjour l'occasion de connaître Puteaux et Neuilly.


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? Alphapress/MAXPPP

Daphné du Maurier à 20 ans au pensionnat de jeunes filles anglaises de Meudon, la villa Camposenea, située 25 rue de l'Orphelinat (actuelle rue de Rushmoor).
Il y a de nombreux livres sur Daphné du Maurier et son œuvre. « Manderley for ever » par Tatiana de Rosnay publié en 2015 donnant une foultitude de détails émouvants ou cocasses sur la châtelaine de Cornouailles est l'un des plus intéressants.
Rendez-vous sur le site dumaurier.org pour les passionnés.


Jean-François Martre, octobre 2025